Les volcans de la Sonde sur l’île de Java

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Carte simplifiée de Java accompagnée de ses volcans en rouge.

      Les îles d’Indonésie accueillent plus d’une centaine de volcans issus de la subduction bien singulière entre la plaque indo-australienne et la plaque eurasiatique. Cette forte concentration en volcans s’accompagne également d’une forte densité de population dans les îles, ce qui constitue une part de la particularité de l’Indonésie. Cette page étudiera les menaces que représente le volcan Merapi et ses voisins sur la ville de Yogyakarta, sur l’île de Java.

      L’Indonésie comporte près de 250 millions d’habitants pour 129 volcans, alors que plus de 60 % de la population totale indonésienne se concentre sur l’île de Java, au centre. C’est ici  que se dresse le Merapi, à 2968 mètres d’altitude. Il fait partie intégrante de l’arc de la Sonde.

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Situation lithosphérique (en haut) et volcanique (en bas) de l’Indonésie.

      Le cas de l’Indonésie peut sembler simple en apparence, puisqu’il s’agit d’une subduction normale entre la plaque indo-australienne et la plaque eurasiatique. L’arc de la Sonde forme donc un arc volcanique divisé en cinq principales parties en fonction de la morphologie de la subduction, de la direction de la plaque, etc. : la province de Java-Bali-Sumba, le détroit de la Sonde, la province du Sud et du centre de Sumatra, la province Nord-Sumatra-Nicobar de la province d’Andaman, en Inde.

      Cependant, la zone volcanique à la surface n’est pas uniforme. Les volcans indonésiens sont tous explosifs mais se déclinent en deux groupes : les volcans de subduction classique desquels se détache le groupe de la mer des Moluques qui clôt son bassin océanique par une subduction de deux morceaux de lithosphère dans des directions opposés. Deux arcs volcaniques sont donc créés sur les Moluques : celui de Sangihe et de Halmahera.

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Carte du Sud de Java où le Merapi (sommet au point le plus au nord de la zone en rouge de Yogyakarta) menace la ville de Yogayakarta.

      Java, île principale de l’Indonésie, s’étend sur plus de 1 000 kilomètres de longueur et 200 km de large et accueille plus d’une vingtaine de volcans majeurs. Alignée à la fosse de Java, elle présente un alignement de volcans explosifs connus pour leur historique particulièrement violent : le Galunggung fit 4 010 victimes en 1822, le Krakatoa en fit plus de 36 000 à la fin du XIXe siècle, etc.

Les éruptions passées et le cas du Merapi

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Photographie du Merapi émettant de la fumée.

      Sur  l’île de Java, l’activité volcanique reste très présente en ce qu’elle comporte un grand nombre de volcans actifs comme le Merapi, le Sindoro, le Semeru, le Kelud ou le Kawah Ijen. Les terres de Java témoignent de la fréquence élevée des éruptions volcaniques puisqu’elle est très fertile, et ce en raison des retombées régulières de cendres lors des éruptions. Le cas du Merapi implique un volcan extrêmement actif : la récurrence de ses éruptions est entre 4 et 6 ans depuis environ un siècle. 61 éruptions depuis le milieu du XVIe siècle sont officiellement identifiées. Le Merapi possède une histoire éruptive très riche : d’abord plutôt explosif avec des retombées de cendres qui ont affecté les villes alentours comme Yogyakarta, puis plus sujet à des accumulations de lave donnant lieu à des coulées pyroclastiques, le Merapi a détruit de nombreux villages et tué un grand nombre d’habitants comme en 1872 par exemple. L’éruption de 2006 précéda la grande éruption de 2010 d’une grande explosivité (le VEI étant de 4) et fut exceptionnelle. Elle dégagea notamment des grandes quantités de téphras, des lahars… La puissance de cette récente éruption témoigne de la dangerosité de la zone de Java, dont la fréquence éruptive des volcans et l’intensité peut fluctuer au cours du temps.

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Photographie d’une agriculteur avec son champ recouvert de cendres après l’éruption de 2010 du Merapi.

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Village, à Muntilan, dévasté par les cendres et par les produits volcaniques après l’éruption de 2010 du Merapi.

Vulnérabilités de Java et de Yogyakarta

      Java est une île à la forme rectangulaire, alignée dans sa longueur avec la fosse de Java et l’arc de la Sonde. Ainsi, des volcans sont présents sur toute sa longueur , généralement à l’intérieur des terres. Cependant, cette petite portion de terre d’environ 128 000 kilomètres carrés est avant tout une île volcanique, forgée par la seule activité volcanique de la Sonde. Cette omniprésence de l’activité volcanique a certes ses avantages ; mais elle met en scène un grand nombre de volcans proches de toutes les villes de l’île telles que la capitale Jakarta ; en tout,  Java contient près de 136 millions d’habitants pour une densité de population d’environ 1 000 hab/km2.  Les 25 volcans actifs de l’île, répartis de manière assez équilibrée autour de l’axe volcanique allant du Détroit de la Sonde jusqu’à l’ouest de Java, se trouvent pour la plupart à quelques dizaines de kilomètres de grandes métropoles. Il s’agit de la principale contrainte de Java, restreinte par son espace. La forte densité de population force les Hommes à s’installer toujours plus près des volcans de Java.

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Carte mettant en évidence la ville centre de Yogyakarta, le nord de son agglomération et le mont Merapi en haut de la carte.

      Cette contrainte va entraîner la plupart des risques pour les activités humaines de l’île.

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Évolution des zones à risque près du Merapi. A : 2001 ; B : 2011. La zone de risque s’étend donc au fil du temps.

      Le cas du volcan Merapi, au centre de l’île, en découle également. Près de 50 000 habitants sont compris dans un rayon de 5 kilomètres autour du volcan ; et dans un rayon de 30 kilomètres on en trouve presque 1 million. Un peu moins de 30 kilomètres au sud du volcan se trouve la ville de Yogyakarta, extrêmement peuplée (environ 388 000 habitants pour la ville seule). Ainsi la ville principale de cette partie de l’île se situe très proche d’un volcan actif ; en outre, le terrain les séparant comprend de nombreuses rivières du Nord au Sud qui traversent des plaines et des reliefs jusqu’aux volcans, ce qui peut s’avérer être favorable au déplacement de coulées volcaniques, qu’elles soient pyroclastiques ou non.

Risques sur Java

      Actuellement, le Merapi possède des aléas bien précis caractéristiques d’éruptions explosives. Il produit principalement des coulées pyroclastiques qui dévalent les flancs du volcan et entraînent tout sur leur passage. Comme les flancs du volcans mais aussi les vallées à proximité du Merapi sont peuplées par des habitants, les coulées pyroclastiques sont un véritable danger pour les habitants. Le paysage au relief très prononcé favorise la progression des coulées pyroclastiques dans des axes bien précis et parfois très peuplés, ce qui peut conduire à des catastrophes : en 1872, les coulées pyroclastiques ont détruit une douzaine de villages et tué 1369 javanais. En 2010, les coulées pyroclastiques sont allées jusqu’à 17 kilomètres à partir du volcan. Les routes fluviales, nombreuses près du Merapi, peuvent conduire à la formation de lahars qui, comme les coulées pyroclastiques, sont meurtriers et rapides.

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Carte des fleuves et des grandes villes aux alentours du Merapi. Un grand nombre d’axes fluviaux permettent des lahars capables de s’étendre sur de vastes zones et d’atteindre plus facilement les zones urbanisées.

      Les cendres ne sont pas un véritable problème pour les villes relativement éloignées telles que Yogyakarta, car la dynamique éruptive du Merapi n’émet pas une grande quantité de retombées de cendres à une grande distance. Cependant, lors de l’éruption de 2010 du Merapi, Yogyakarta et Muntilan ont été affectées par des retombées aériennes (dont le volume total correspond à 0,01 à 0,02 km3), ce qui n’était pas arrivé depuis plus d’un siècle.

      À l’échelle de Java tout entière, les volcans sont une menace qui peut s’avérer destructrice : en fonction de la géographie des lieux, les coulées pyroclastiques ou les lahars sont potentiellement capables de ravager les habitations sur une longueur entière de l’île si jamais les directions de ceux-ci et leur taille le leur permettent lors d’une éruption massive.

Surveillance et mesures de Java

      Le Merapi est considéré comme le volcan le plus actif de Java, c’est pourquoi il est également le volcan le plus surveillé de l’île. De nombreux projets sont mis en place pour surveiller, sur différents plans, l’activité du Merapi. Par exemple, le DOMERAPI cherche à étudier les processus magmatiques en se basant sur le cas du Merapi ; d’autres organisations à l’échelle locale surveillent simplement les séismes et les remontées de magma relatifs au Merapi.

      Le Merapi représente un élément culturel et traditionnel important pour les javanais qui  habitent sur ses flancs. La plupart des habitants étant agriculteurs, les animaux et les cultures constituent une grande part de leur richesse ; et malgré l’évacuation du bétail intégrée dans les mesures d’urgence de plusieurs zones de Java en 2010, beaucoup d’autochtones refusent d’évacuer les lieux lors d’une éruption, comme avec le Merapi en 2010, parfois en faisant confiance à tort à leurs dirigeants communautaires. Ainsi les villes de Java tentent de répandre la solution d’évacuation à travers des personnalités influentes.

Au-delà des risques, une potentialité

      Cependant, il serait incorrect de dire que le Merapi représente uniquement un danger pour les villes alentours. Grâce aux activités humaines qui s’organisent autour du volcan, et au climat tropical de l’île, deux types de potentialités sont mises en valeur. Premièrement, la fertilité des terres due au dépôts de cendres favorise l’agriculture et l’élevage sur les flancs du volcan ; ensuite, les coulées pyroclastiques laissent sur leur chemin des téphras et des matériaux volcaniques qui peuvent être extraits et exploités. Un système économique et alimentaire  est donc permis grâce à l’activité du volcan.

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